OPINION. « De la gestion à la narration : l’angle mort de la politique française », par Brice Soccol, politologue et essayiste

découvrez les enjeux de la gestion et de la narration en politique française, explorant comment les discours façonnent le pouvoir et influencent l'opinion publique.

En 2025, la politique française semble naviguer à vue, engluée dans une gestion quotidienne des affaires publiques qui occulte presque totalement la fabrication d’une narration collective. Brice Soccol, politologue et essayiste, souligne avec acuité cet angle mort qui affecte la politique contemporaine, entre absence de récits fédérateurs et crise de sens. Cette analyse politique nous invite à repenser le discours politique pour recréer un horizon commun susceptible de rassembler davantage les citoyens.

Pourquoi la gestion a-t-elle remplacé le récit dans la politique française ?

La transformation de la politique française en une simple affaire de gestion technique des ressources publiques marque un tournant majeur. Face aux défis croissants – qu’il s’agisse des politiques agricoles, des transports ou de la protection de l’environnement –, les responsables politiques s’enferment dans des considérations strictement administratives. Or, si la performance de l’action publique est essentielle, elle ne suffit plus à donner corps à une identité commune. La gestion, bien maîtrisée, laisse souvent le citoyen sur sa faim en matière d’aspirations partagées.

Les conséquences d’un angle mort dans le discours politique français

Brice Soccol insiste sur cette zone d’ombre : au cœur des débats, un vide persiste – il s’agit de la capacité à raconter une histoire politique à laquelle chacun puisse s’identifier. La politique, réduite à ses volets logistiques, se prive d’un élément crucial : la narration. Sans récit fédérateur, les discours politiques paraissent souvent déconnectés et incapables de susciter un véritable enthousiasme populaire.

Ce constat éclaire également la montée d’un certain désintérêt pour des institutions souvent perçues comme éloignées des réalités quotidiennes des citoyens. Pour contrer cela, l’effort devrait porter sur un réinvestissement symbolique, proposant des récits susceptibles de redonner confiance et sens. C’est dans ce terreau narratif que peut renaître un engagement renouvelé autour de thématiques concrètes telles que la citoyenneté active, la jeunesse et le sport, ou encore la culture.

Comment la narration politique peut-elle restructurer le lien démocratique en France ?

Développer une narration politique ne se limite pas à la communication superficielle ; il s’agit de construire une trame cohérente qui englobe aussi bien les enjeux locaux que globaux, tout en mobilisant les citoyens. Le livret de citoyenneté et les programmes d’éducation civique montrent que la transmission d’un récit national, plus proche des réalités, est cruciale pour renforcer l’intégration et l’adhésion.

De la même façon, les politiques publiques en matière de développement rural ou de protection des données personnelles nécessitent d’être inscrites dans un récit global qui exprime à la fois la finalité, les valeurs partagées et les bénéfices concrets pour les citoyens. Cette cohérence narrative, loin d’être un luxe, devient un levier indispensable pour restaurer la confiance dans les institutions et dans la politique elle-même.

Les initiatives actuelles qui mettent en récit les politiques publiques

Certaines collectivités et acteurs institutionnels commencent à briser ce silence narratif en intégrant un discours plus intégré autour des enjeux sociétaux, qu’il s’agisse de mobilité, d’environnement ou d’inclusion sociale. Ces démarches, en lien avec les grandes préoccupations citoyennes, permettent de reconnecter les politiques aux attentes populaires. Par exemple, les actions culturelles visant la jeunesse ou les efforts autour du passeport français des droits du pays insèrent les citoyens dans une histoire collective vivante et dynamique.

Le succès de ces initiatives souligne que la politique française n’est pas condamnée à subir son angle mort. En revigorant le récit et en dépassant le simple registre de la gestion, il est possible de créer des espaces où le politique et le citoyen dialoguent, dépassant ainsi une simple relation clientéliste pour bâtir une véritable communauté politique.